HIVER 1954

Publié le par EDUCASERVE

LES LAISSÉS-POUR-COMPTE
Henri Grouès, grand résistant puis brièvement député, lance ce soir-là un appel désespéré à la radio pour venir en aide aux plus démunis :
“Mes amis, au secours… Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à trois heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant hier, on l’avait expulsée…
Chaque nuit, ils sont plus de deux mille recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d’un presque nu. Devant l’horreur, les cités d’urgence, ce n’est même plus assez urgent !
La météo annonce un mois de gelées terribles. Tant que dure l’hiver, que ces centres subsistent, devant leurs frères mourant de misère, une seule opinion doit exister entre hommes : la volonté de rendre impossible que cela dure.”
C’est pendant l’hiver 1954. Cet homme restera célèbre sous son nom de résistant: L’Abbé Pierre.
Puis viendra Coluche avec ses Restos du Coeur...
Combien viendront encore pour appeler à l’aide dans ce monde de plus en plus impitoyable ?
Car ils sont nombreux et ils le seront de plus en plus, tous ces êtres abandonnés au bord de la route, faute d’avoir pu prendre place dans l’ascenseur social.
Des victimes de la mondialisation, de la modernisation, de la robotisation, de l’informatisation à outrance, des insuffisances du système d’éducation et de formation... et d’un monde de la politique sans imagination ni créativité, sans lucidité ni compassion, obnubilé par le score de chaque élection à venir.
Enfants, femmes et hommes laissés-pour-compte contre leur volonté, vilipendés comme profiteurs, montrés du doigt, traités comme des déchets qu’un balai méprisant pousse et cache subrepticement sous le tapis du socialement correct.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :