Itinéraire d'un "innocent".

Publié le par Henri FOURNOLS

Tout a commencé par une petite élection municipale, dans une petite ville de province.

Joseph, petit artisan-commerçant en difficulté, avec une petite clientèle et de petits revenus, se retrouva conseiller municipal, sans trop savoir en quoi cela consistait.

Quelle fierté pour lui et quel bonheur le lendemain matin quand, au bistrot du centre, le patron lui offrit aimablement café et croissants, en profitant tout de même pour lui suggérer habilement quelques travaux absolument nécessaires en bordure de sa terrasse.

Joseph se sentit devenu un homme important... fit le nécessaire... et ne paya plus ses consommations.

Les mois passèrent. Il était de plus en plus sollicité. Le maire en fit bientôt son adjoint chargé des travaux avec, cependant, une recommandation expresse: tous les gros travaux ne se feraient que sous l'autorité du premier magistrat. Joseph découvrit alors le monde merveilleux du BTP, réunions de travail dans les grands restaurants, voyages offerts, enveloppes d'appels d'offres faciles à décoller et à consulter, enveloppes encore mais "sous la table". Il signait tout ce qu'on lui présentait, factures bizarrement "améliorées", gros travaux réservés à des entreprises "recommandées", toujours sous la houlette d'un cadre départemental du parti, car Joseph y avait sa carte et ses entrées.

Devant autant de dévouement, le maire s'extasiait, le félicitait sans arrêt, l'incitait à profiter pleinement de son nouveau train de vie.

Il finit par confier le poste d'adjoint à l'urbanisme à son protégé. Joseph passa alors à un statut supérieur: ventes et achats incessants de bâtiments ou de terrains, multitude de permis de construire qu'il ne délivrait que sous certaines "conditions", projets pharaoniques pour une si petite ville, ........

Et cette ravissante créature qui l'accueillit dans son lit, si prévenante, si bonne conseillère. Il ignorait simplement qu'elle était aussi... la maîtresse du maire!

Quand, ce matin-là, les policiers le menottèrent, devant tous les employés de l'hôtel de ville, Joseph, ce corrompu fossoyeur de notre démocratie, prit un air outragé qu'il s'imaginait être de circonstance.

NOTA BENE : En réalité, il est très rare que ce genre de magouilleur soit inquiété, mais cette chute me plaisait.

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